Oct 17, 2019

Eve Faiveley « Petite, je rêvais d’être Nez »

Première petite fille depuis 7 générations chez les Faiveley, Eve ne se prédestinait pas à intégrer l’entreprise familiale. Pourtant, depuis 5 ans elle est aux commandes du Domaine, aux côtés de son frère Erwan, qui a succédé à leur père, François Faiveley, en 2005. De la passation entre son père et son frère, à son arrivée au sein de l’entreprise, en passant par son rôle de femme dans un milieu particulièrement masculin, Eve Faiveley nous raconte tout, ou presque ! 

Comment s’est déroulée la passation entre votre père et votre frère, Erwan

Lorsque notre père a souhaité passer la main et prendre sa retraite, j’étais encore en études et Benoit, notre frère ainé, se destinait au métier de journaliste. Alors c’est tout naturellement qu’il s’est tourné vers Erwan, qui à l’époque souhaitait déjà prendre part aux affaires familiales. Un matin il est arrivé au Domaine, les clés avaient été déposées sur son bureau. Le message était clair ; voilà les clés, tu es chez toi.

Erwan, n’a pas trouvé cela un peu rapide ?

Il avait 27 ans, c’était le bon moment, à la fois pour lui et pour mon père. Notre père ne voulait pas d’une passation longue et éprouvante, lors de laquelle finalement, il aurait eu du mal à lâcher prise et qui surtout, aurait pu être enclin à la discorde. Il était temps pour lui de passer à autre chose, tout en restant impliqué depuis le Portugal, où il réside désormais.

N’auriez-vous pas souhaité faire partie de l’aventure ?

J’avais 22 ans, je faisais mes études et j’avais d’autres rêves. Je voulais devenir Nez, un métier qui me passionne depuis toute petite. À vrai dire, j’étais loin de ces préoccupations de passation. Je réalisais ma dernière année en double master marketing et commerce à Barcelone lorsqu’Erwan a repris les rênes. Puis j’ai débuté ma carrière sur Paris, dans un grand groupe de cosmétiques, comme chef de projet. J’y suis restée pendant 6 ans, je me suis passionnée pour ce métier et j’ai adoré ma vie parisienne. 

Quand l’aventure familiale s’est-elle finalement imposée à vous ?

J’étouffais, j’avais besoin d’air, de retrouver mes valeurs familiales et le travail de la terre. La Responsable Communication du Domaine partait en congé maternité, Erwan m’a proposé le poste en attendant. J’ai sauté sur l’occasion. Puis je suis restée, j’ai été promue au poste de Directrice de la communication et de la supervision commerciale. Ma collègue est rentrée de son congé, et a conservé son poste de Responsable. Nous travaillons ensemble, main dans la main, nous avons tout de suite fonctionné en équipe.

Votre père a-t-il pris part à la décision de votre arrivée ?

Au départ, il appréhendait le fait que ses enfants travaillent ensemble. Mais même si notre père intervient dans toutes les grandes décisions stratégiques – ainsi que Benoit, notre autre frère – c’est Erwan qui a eu la décision finale. Nous avons su le rassurer, car nous savons faire la part des choses entre la vie de famille et la vie professionnelle. Avec le recul, notre duo est une bonne chose pour l’entreprise, nous sommes complémentaires : Erwan, est un visionnaire, il définit la stratégie, quant à moi je suis davantage dans l’opérationnel et dans l’organisation. Et puis, il y a une vraie aisance et une rapidité de travail quand on est ensemble, on se connait par cœur c’est moins difficile de communiquer.

Et votre maman dans tout ça ?

Mes parents aujourd’hui sont séparés. À l’époque où mon père dirigeait l’entreprise, notre mère ne travaillait pas, mais elle s’est imposée dans la représentation de l’entreprise en tant que femme. À l’époque, il y a 20 ou 30 ans ce n’était pas facile.

Et aujourd’hui, est-ce difficile d’être une femme dans ce milieu ?

Même si le rôle d’une femme dans le milieu du vin est moins difficile aujourd’hui qu’il y a 10 ou 15 ans, je suis encore confrontée à des situations où certains hommes préfèrent avoir à faire à mon frère, et non à moi. Mais je m’en accommode facilement.  

Au sein de l’entreprise, je n’ai eu aucun mal à m’intégrer. Notre équipe est assez jeune et qui plus est, majoritairement féminine. J’ai le sentiment aujourd’hui que la considération de la femme, dans ce milieu, et comme leader d’une équipe, est moins machiste. Et puis, être une femme en 2019 c’est « tendance ». Dernièrement, je me suis retrouvée dans un article de Paris Match titré « Les 19 femmes influentes de Bourgogne ». Dans 10 ans, ce genre de papier n’existera plus, la femme influente sera devenue « normale ».

Enfin, je préfère être la « sœur de » que la « fille de ». On ne critique pas ma façon de faire vis à vis de celle de mon père, et on ne me met pas en compétition avec mon frère. Je suis certaine que si j’avais été un homme, Erwan et moi aurions sans cesse été comparés. 

Pour finir, comment faites-vous pour tout concilier, entre vos différents voyages et votre vie à Paris ? 

J’ai la chance de beaucoup voyager grâce à mon métier. J’étais dernièrement au Canada pour représenter le Domaine. L’année de mon arrivée, je suis restée vivre en Bourgogne. Je devais faire mes preuves, auprès de tout le monde, et me familiariser avec les équipes. Mais je suis une femme moderne, qui a besoin de bouger, et lors de mes études je suis tombée amoureuse de Paris. J’ai vite choisi d’y vivre, d’autant que la vie à Beaune me pesait. J’avais besoin d’être quelqu’un de normal, et pas seulement un nom. Lorsque je fais mon marché le samedi à Beaune, ou que je décide de diner en centre-ville avec des amis, j’ai un rôle à tenir. À Paris, je souffle un peu vis-à-vis de cela. Je viens en Bourgogne en général deux à trois jours par semaine, et quand je n’ai pas le temps, je fais en sorte de faire au moins l’aller-retour dans la journée. C’est un mode de vie qui me convient, et qui me challenge au quotidien ! 

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